vendredi, 03 mars 2017

eauVsLaitDébut janvier nous avons eu la joie de découvrir qu'un grand distributeur vendait le pack de 10 litres d'eau (12.90.-) plus cher que le pack de 10 litres de lait (11.95.-). En somme, la vie de la vache et celle du paysan semblent compter pour du beurre. A 1.20.- /litre, le prix du lait vendu au consommateur reflète parfaitement les réalités du marché laitier actuel. Un prix au producteur à 50 cts, une marge pour le transformateur de 30 cts et de 40 cts pour le distributeur. Le problème c'est que le prix payé au producteur ne couvre que la moitié de ses coûts de production. Ainsi, les seuls qui conservent joyeusement leurs marges, envers et contre tout, sont les distributeurs et les transformateurs alors que le paysan lui, divise son revenu par deux.

 

 

Les consommateurs sont-ils conscients que les actions sur les produits sont synonymes de disparition de l’agriculture paysanne et qu’elles laminent tout espoir de prix justes pour les personnes qui travaillent la terre ? Dans l’acte d’achat pressé de fin de journée, largement orienté par l’affichage alléchant et sciemment organisé par les grands distributeurs, quelle est la véritable marge de manoeuvre du consommateur ? Est-il seul face à ces choix cornéliens ? Devons-nous accepter ce fameux dogme du « libre choix du consommateur » ou ne faudrait-il pas lui proposer quelques éléments supplémentaires visant à ce qu’il puisse choisir en toute connaissance de cause en magasin ? Au delà évidemment d’une sensibilisation permanente sur les enjeux agricoles et alimentaires.

Une proposition qui mériterait d’être creusée est celle d’imposer aux grands distributeurs, par voix d’ordonnance, d’indiquer sur l’étiquette le prix payé aux producteurs en plus du prix de vente au consommateur ; ceci pour forcer à plus de transparence sur la formation des prix.

Il existe en France une loi sur le dumping, qui bien qu’elle ne soit pas véritablement appliquée, a au moins le mérite d’exister. En substance elle interdit la vente de produits en-dessous du coût réel de production. Ce qui est clairement le cas pour une part non négligeable des produits qui sont vendus en grandes surfaces.

Cette sous-enchère permanente nous fait perdre toute notion de la valeur réelle d’un produit. Derrière chaque prix, chaque produit, il y a des hommes et des femmes qui travaillent et un modèle agricole ou un autre que nous choisissons de soutenir par notre « simple » acte d’achat.

Valentina Hemmeler Maïga

un billet d’humeur paru dans le Journal d’Uniterre de février 2017